
L’idée de la joie - suite
- Chez Edilivre - http://www.edilivre.com/doc/2119
35 – Cogito & co..
Résumé : vive la tautologie !
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Suite de notre visite au LAAS..
Voici la seconde partie de ma démo : avec notre Directeur de recherche nous sommes fourvoyés par l’éloquence « logique ». Elle nous incline à penser que notre destin d’espèce, uniforme et quiet va sa route sans cahots sémantiques..
Mais avec les dernières incertitudes nous allons réapprendre à dire n’importe quoi.. Par hasard et de préférence.. Puisque l’univers se l’autorise, nous aussi, nous allons pouvoir nous amuser ! J’attends pour ma part cette révolution là depuis que je ânonne mes dictées !
En dehors de rendre compte de toute chose par la gravitation. Avec gravité, s’il vous plaît. Il y a deux manières d’échapper à une explication du monde qui nous déroute. Deux manip utiles à combler le trou dans lequel on tombe en même temps que le ciel s’écroule sur nous.. Ce sont les pratiques de l’éblouissant oxymore, d’une part, et de la solide tautologie de l’autre.
Pour l’oxymore, grâce à lui l’orange bleue reluit comme l’orage. L’assourdissant silence reprend du poil de la bête. Le futur antérieur triomphe. Vous avez déjà vu quelque chose se passer dans l’avenir et qui soit intervenu hier ? C’est pourtant ce que laisse entendre ce temps de la grammaire incomparablement séduisant. Il déconnecte de la réalité ; il déconne. Premier prix de bonne camaraderie au fond de la classe. Bravo !
On plane absolument. Cui-cui les petits oiseaux qui feulent et les éléphants qui gazouillent. Tant qu’à n’y rien comprendre, autant faire de nos mystères favoris nos animaux de compagnie, n’est-ce pas ?
Autre sublime paradoxe : celui qu’adorent les apophatiques. Ils sont plus nombreux qu’on ne le croit. Je ne vous en cite que quelques uns : l’Emir Abdel Kader, l’un des grands continuateurs d’Ibn Arabi, Grégoire Palamas, célèbre théologien chrétien orthodoxe, Pierre Dac près de nous, etc.
On en retrouve plein aussi dans le bouddhisme zen à travers les fameux koans. Ou dans le tibétain qui développe une philosophie de la vacuité, en même temps qu’il multiplie les représentations de divinités ! Enfin grâce aux yidams, divinités auxquelles le pratiquant se relie pour progresser dans la Voie !
Pour faire simple, l’apophatique dit, en parlant à Dieu : « En Toi se conjoignent les contraires et les opposés ». Puissant viagra poétique et mystique que l’apophase, par conséquent. Lao-Tseu n’est pas maladroit non plus à ce jeu là.
La seconde échappatoire est moins spirituelle. Mais diantre qu’elle est efficace ! Elle se prétend plus docte. Elle vous plonge dans le fascinant abîme de la redondance. De quoi s’agit-il ? D’un procédé de démonstration initié par Descartes lorsqu’il prononça son Euréka fameux à lui: « Cogito, ergo sum ! ».
Disons tout de suite que la démo de Descartes continue de mystifier les philosophes et les historiens des sciences qui l’ont gobée une fois pour toute. Et sans plus d’examen la font toujours avaler à leurs étudiants et lecteurs. Afin de suivre ce qui vient à présent, rappelons nous que « Cogito ergo… » veut dire « Je pense DONC.. Etc »
On connaît l’occurrence : Descartes tente de s’y retrouver dans le fatras mental de son temps où se mêlent du scientifique et du religieux, du magique et du mesurable, de l’expérimental et du surnaturel. Il se dit:
« Il faut que je reparte à zéro. Table rase de ce qui branle, pendouille, monte en graine et part en couille dans les friches intellectuelles d’un siècle où je suis bien seul ! »
« On a tout embrouillé. Il y en a partout ! C’est le foutoir ! A dix mètres pour hors jeu ! Et la prochaine fois, ce sera carton jaune. Faire clair là dedans. Pour commencer, prenons appui sur quelque chose d’indiscutable. Mais il reste quoi, après que j’aie tout emmené aux poubelles ? »
« Ce socle, il doit être costaud. Il sera la proposition liminaire à partir de laquelle je vais tenter de reconstruire un premier raisonnement sain, purifié de soufre. Sans ces mélanges imbuvables de visitations qui rendent l’intelligence malade comme un diarrhéique qui aurait repris de la confiture de pruneau ? Hé bien, il reste MOI ! »
Il trouve son « Je pense, DONC je suis ! ». Sans se rendre compte qu’il vient d’inventer la tautologie. Qui par définition ne démontre rien. Non plus que sa copine la lapalissade.
En effet, quand on a dit : « Je pense » on a dit aussi que l’on existait. Hé oui ! Dire « Je » c’est dire « Je suis ! » En déduire que l’on soit n’apporte rien à la démonstration. Elle n’en est pas une. Dans « Je » il y a le verbe être !
Au fond, le « Cogito » de Descartes n’est qu’un juron d’homme assailli par des vieilles lunes ronchonnes. Elles lui tournent autour. Elles lui disent « bisque bisque rage ». Elles l’empêchent de se concentrer. Elles lui font le chahut. En réponse, il leur crie : « J’ai ma preuve ! Foutez moi la paix ! »
Elles imaginaient le démonter ? Il les goupillonne avec du « Je pense DONC je suis ! ». Un lancé de la formule ici, et « Pfuiiit », l’une de nos polissonnes s’évanouit. Un autre arrosage, et re « Pfuiiit !» : sa complice fait pareille.. Le « Je pense.. » est le grand exorciseur d’impostures intellectuelles de Descartes ! Bien qu’il en soit une ! Wahoo !
Il faut dire que la formule est rassemblée. Qu’elle porte bonheur à la pensée. Alors, que voulez-vous, on l’a emballée. Depuis, personne ne s’est plus préoccupé de ce qu’elle contient. Merci Descartes d’avoir inventé le retour de l’esprit scientifique avec un juron poétique absurde ! Il aurait tout aussi bien pu nous poser la question suivante :
— Quelle différence y a-t-il entre un corbeau ?
En d’autres termes, et pour résumer mon point de vue: Descartes donne un grand coup de poing sur le bureau. Il hurle :« Silence, non de Dieu ! Je veux travailler tranquille, bande de petzouilles !» Les hybrides de logique et d’absurdité sont espantées (terme qui veut dire émerveillé ou ahuri dans le sud ouest) devant son « Donc je suis ».
De toutes façons, il n’y a rien de plus probant qu’un « donc ». Essayez, dans presque toutes les configurations, il marche. Il assure. Il attache les wagons. La locomotive peut siffler. Lancer des panaches de belle fumée blanche et démarrer le convoi. Les Sioux seront prévenus. La logique occidentale avance. Tchou ! Tchou !
Ce que la tautologie a d’admirable est qu’elle parvienne au même résultat que le « Cogito » de Descartes. Mais en plus court. Elle fait l’économie du croc « donc ». Elle dit « Noir, c’est noir ! » Le mot « donc » a disparu. Ce qui n’empêche pas la proposition de bien s’assoire dans la page.
Qui mettrait en doute que le noir soit noir ? Allez au charbon de la caténaire seulement pour vérifier sa couleur si vous voulez en avoir l’œil net !
Nous allons saisir à présent le bénéfice oratoire que l’on peut tirer d’une telle platitude. Tenez : le Général de Gaulle, en Auvergne. Public de chasseurs de truffes. Toucheurs de bœufs. Jeteuses de sorts.
Ils sont venus pour entendre un oracle. Voici ce que de Gaulle leur livre : « Jamais l’Auvergne n’aura été… si auvergnate ! » Éblouissement du noir c’est noir. Révélation de l'axiome. Les fouilleurs d’or parfumé au pied des chênes, les maquignons aux paumes tannées d’avoir peloté l’arrière main des culards et les sous-préfets poètes épuisés à rechercher la rime riche qui manque à leur dernier sonnet, tous sentent déferler sur eux l’énorme et pacifique orage d’une vérité qui se révèle surabondante en évidence.
Les auvergnats se reconnaissent. Les truies les accompagnent si souvent dans leur chasse aux champignons noirs que le truisme leur va comme à personne. Notez, c’était bien une idée qu’ils avaient déjà dans la tête. Que l’Auvergne fut auvergnate. Mais puisque c’était le Général de Gaulle qui le leur apprenait, cela voulait dire qu’ils étaient capables de comprendre, comme lui, des vérités rares !
La tautologie rapporte, dans votre gibecière politique, les oui d’électeurs que nous avons tirés comme des pigeons d’argile ! Le mécanicien du système nous a prévenu de la direction dans laquelle il s’apprêtait à les envoyer : celle du miroir d’eux-mêmes ! Alouette !
Mieux qu’en Auvergne, le même Général, à Fécamp cette fois. Entre les écailles des poissons et les maisons en briques assombries par la pluie : « Fécamp, port de mer.. et qui entend le rester ! »
Formidable ! Là, c’est du grand ! Là c’est du beau poncif ! A-t-on vu déjà un port de mer cesser de l’être le temps d’une campagne électorale ? Ou parce que Bruxelles aurait décrété que la petite ville du bord de mer aurait à plier bagage et établir ses nouvelles pénates entre le jurassique et le crétacé du Périgord vert ?
Non, bien sûr ! Là encore, de Gaulle ne parlait que de postulat et son public s’y reconnaissait ! On peut banaliser le procédé en langage amoureux. Qu’y a t il de plus émerveillant que de s’entendre murmurer :
« Toi, c’est toi ! »
Ou que l’on réponde à votre question « Pourquoi m’aimes-tu ? » par « Parce que tu es toi ! » Ne regardez pas derrière vous, c’est à vous que l’on parle..
Diafoirus ne procède pas autrement lorsqu’il établit une relation de cause à effet telle que : « Ce qui fait que votre fille ne parle pas, c’est qu’elle est muette ! » On part rassuré de la consultation. Il est bien grand sage celui qui vous a rempli de vérité.
Rien ne se fait par hasard, n’est-ce pas ? Le mage a décrypté ce que l’on ne s’expliquait pas. Il aura sa volaille à la Saint Michel ! Tiens, on l’interrogera aussi pour les récoltes. Les placements boursiers. Pour bien « aspecter » un mariage, comme disent les astrologues. Ou « lever le soleil » du petit. Il a la fièvre après avoir joué dehors sans son chapeau de paille.
Grâce au rétrécissement du pourcentage d’univers connu, nous allons pouvoir nous livrer aux exercices jubilatoires de l’oxymore et de la tautologie. Ce qui était devenu impossible il y a vingt ans puisque nous savions à peu près tout du monde où nous vivons… (Bon, d’accord, il en restait dans les coins. Mais on l’attendait, ce reliquat, une poigne ferme sur nos balais ; et la pelle n’était pas loin !)
Enfin, nous aurions de nouveau « de l’eau devant », comme disent les marins quand ils ne risquent plus de se fracasser sur les écueils de la terre (ou les certitudes, c’est la même idée).
On aurait tout à apprendre ou à re-rêver en termes de paradoxes poétiques ou de beaux « noir c’est noir ». Chacun irait là où l’inclinerait sa préférence. Il y aurait de fulminants débats entre les nouveaux surréalistes que sont les apophatiques de la science, les anciens tautologues parcheminés, et les aventuriers de la dernière heure qu’aime Dieu : les curieux !
Quand je repense à mon Directeur de recherche, je me dis qu’il devait s’ennuyer dans sa chrysalide, cantonné au pédiluve de ses expériences. Bien sagement à faire la grenouille. Apprendre la brasse aux satellites premier âge. Avant qu’on ne les lâche dans le grand bain sidéral. « Et une, j’ouvre mes ailes. Et deux je les ramène contre mon corps. Et une, et deux. On s’arrête quand je le dirai, Jérôme.. »
Oui, je me pense que peut être ce nouveau mouvement de l’entendement, qui nous conduit à savoir que nous ne savons pas grand chose, lui aurait possiblement rendu un peu de jeunesse à mon Directeur de recherche. Au fond, son côté caillou aurait pu faire penser aussi au « Petit Gibus ». Un malicieux de l’école à l’époque des chaussures à clous.
Ne lui aurait manqué qu’un peu d’abstinence. En réponse au gavage de certitudes dont son côté costaud avait fait profit à coups de rab et de taloches sur les pattes de ses camarades du CM2. Lorsqu’ils s’approchaient de son goûter d’ogre affamé de savoir péremptoire.
Il aurait fallu peut être qu’on le prive un peu. Qu’il ait faim. Qu’il devienne malin, truqueur, inventeur de fausses nouvelles. Ne serait-ce que pour faire sortir le boulanger de chez lui – « Au feu ! Au feu ! ». En vue de lui tchourer quelques brioches. Oui, on aurait pu l’orienter vers un autre sort que celui de schupos, dans un camp de prisonniers de la science. Si on avait mis en route sa machine à penser flibuste.
Il a du y avoir un moment où la bascule pouvait s’opérer entre Guignol et « Badinguet ». Pour ce môme à la face de pomme de terre.
Mais hélas, il n’avait pas eu besoin d’un lance pierre pour nourrir de pigeons la table de ses parents pendant la guerre.
Je me dis pourtant qu’avec une tronche comme la sienne, la fringale familiale l’aurait rendu malin et adroit. Chef de bande audacieux.. Il aurait fini par partir enlacé à un de ses satellites pour voir là haut comment c’était « pour de vrai ». Au lieu de tout connaître depuis le sol..
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À la semaine prochaine ?
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35 – Cogito & co..
Résumé : vive la tautologie !
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Suite de notre visite au LAAS..
Voici la seconde partie de ma démo : avec notre Directeur de recherche nous sommes fourvoyés par l’éloquence « logique ». Elle nous incline à penser que notre destin d’espèce, uniforme et quiet va sa route sans cahots sémantiques..
Mais avec les dernières incertitudes nous allons réapprendre à dire n’importe quoi.. Par hasard et de préférence.. Puisque l’univers se l’autorise, nous aussi, nous allons pouvoir nous amuser ! J’attends pour ma part cette révolution là depuis que je ânonne mes dictées !
En dehors de rendre compte de toute chose par la gravitation. Avec gravité, s’il vous plaît. Il y a deux manières d’échapper à une explication du monde qui nous déroute. Deux manip utiles à combler le trou dans lequel on tombe en même temps que le ciel s’écroule sur nous.. Ce sont les pratiques de l’éblouissant oxymore, d’une part, et de la solide tautologie de l’autre.
Pour l’oxymore, grâce à lui l’orange bleue reluit comme l’orage. L’assourdissant silence reprend du poil de la bête. Le futur antérieur triomphe. Vous avez déjà vu quelque chose se passer dans l’avenir et qui soit intervenu hier ? C’est pourtant ce que laisse entendre ce temps de la grammaire incomparablement séduisant. Il déconnecte de la réalité ; il déconne. Premier prix de bonne camaraderie au fond de la classe. Bravo !
On plane absolument. Cui-cui les petits oiseaux qui feulent et les éléphants qui gazouillent. Tant qu’à n’y rien comprendre, autant faire de nos mystères favoris nos animaux de compagnie, n’est-ce pas ?
Autre sublime paradoxe : celui qu’adorent les apophatiques. Ils sont plus nombreux qu’on ne le croit. Je ne vous en cite que quelques uns : l’Emir Abdel Kader, l’un des grands continuateurs d’Ibn Arabi, Grégoire Palamas, célèbre théologien chrétien orthodoxe, Pierre Dac près de nous, etc.
On en retrouve plein aussi dans le bouddhisme zen à travers les fameux koans. Ou dans le tibétain qui développe une philosophie de la vacuité, en même temps qu’il multiplie les représentations de divinités ! Enfin grâce aux yidams, divinités auxquelles le pratiquant se relie pour progresser dans la Voie !
Pour faire simple, l’apophatique dit, en parlant à Dieu : « En Toi se conjoignent les contraires et les opposés ». Puissant viagra poétique et mystique que l’apophase, par conséquent. Lao-Tseu n’est pas maladroit non plus à ce jeu là.
La seconde échappatoire est moins spirituelle. Mais diantre qu’elle est efficace ! Elle se prétend plus docte. Elle vous plonge dans le fascinant abîme de la redondance. De quoi s’agit-il ? D’un procédé de démonstration initié par Descartes lorsqu’il prononça son Euréka fameux à lui: « Cogito, ergo sum ! ».
Disons tout de suite que la démo de Descartes continue de mystifier les philosophes et les historiens des sciences qui l’ont gobée une fois pour toute. Et sans plus d’examen la font toujours avaler à leurs étudiants et lecteurs. Afin de suivre ce qui vient à présent, rappelons nous que « Cogito ergo… » veut dire « Je pense DONC.. Etc »
On connaît l’occurrence : Descartes tente de s’y retrouver dans le fatras mental de son temps où se mêlent du scientifique et du religieux, du magique et du mesurable, de l’expérimental et du surnaturel. Il se dit:
« Il faut que je reparte à zéro. Table rase de ce qui branle, pendouille, monte en graine et part en couille dans les friches intellectuelles d’un siècle où je suis bien seul ! »
« On a tout embrouillé. Il y en a partout ! C’est le foutoir ! A dix mètres pour hors jeu ! Et la prochaine fois, ce sera carton jaune. Faire clair là dedans. Pour commencer, prenons appui sur quelque chose d’indiscutable. Mais il reste quoi, après que j’aie tout emmené aux poubelles ? »
« Ce socle, il doit être costaud. Il sera la proposition liminaire à partir de laquelle je vais tenter de reconstruire un premier raisonnement sain, purifié de soufre. Sans ces mélanges imbuvables de visitations qui rendent l’intelligence malade comme un diarrhéique qui aurait repris de la confiture de pruneau ? Hé bien, il reste MOI ! »
Il trouve son « Je pense, DONC je suis ! ». Sans se rendre compte qu’il vient d’inventer la tautologie. Qui par définition ne démontre rien. Non plus que sa copine la lapalissade.
En effet, quand on a dit : « Je pense » on a dit aussi que l’on existait. Hé oui ! Dire « Je » c’est dire « Je suis ! » En déduire que l’on soit n’apporte rien à la démonstration. Elle n’en est pas une. Dans « Je » il y a le verbe être !
Au fond, le « Cogito » de Descartes n’est qu’un juron d’homme assailli par des vieilles lunes ronchonnes. Elles lui tournent autour. Elles lui disent « bisque bisque rage ». Elles l’empêchent de se concentrer. Elles lui font le chahut. En réponse, il leur crie : « J’ai ma preuve ! Foutez moi la paix ! »
Elles imaginaient le démonter ? Il les goupillonne avec du « Je pense DONC je suis ! ». Un lancé de la formule ici, et « Pfuiiit », l’une de nos polissonnes s’évanouit. Un autre arrosage, et re « Pfuiiit !» : sa complice fait pareille.. Le « Je pense.. » est le grand exorciseur d’impostures intellectuelles de Descartes ! Bien qu’il en soit une ! Wahoo !
Il faut dire que la formule est rassemblée. Qu’elle porte bonheur à la pensée. Alors, que voulez-vous, on l’a emballée. Depuis, personne ne s’est plus préoccupé de ce qu’elle contient. Merci Descartes d’avoir inventé le retour de l’esprit scientifique avec un juron poétique absurde ! Il aurait tout aussi bien pu nous poser la question suivante :
— Quelle différence y a-t-il entre un corbeau ?
En d’autres termes, et pour résumer mon point de vue: Descartes donne un grand coup de poing sur le bureau. Il hurle :« Silence, non de Dieu ! Je veux travailler tranquille, bande de petzouilles !» Les hybrides de logique et d’absurdité sont espantées (terme qui veut dire émerveillé ou ahuri dans le sud ouest) devant son « Donc je suis ».
De toutes façons, il n’y a rien de plus probant qu’un « donc ». Essayez, dans presque toutes les configurations, il marche. Il assure. Il attache les wagons. La locomotive peut siffler. Lancer des panaches de belle fumée blanche et démarrer le convoi. Les Sioux seront prévenus. La logique occidentale avance. Tchou ! Tchou !
Ce que la tautologie a d’admirable est qu’elle parvienne au même résultat que le « Cogito » de Descartes. Mais en plus court. Elle fait l’économie du croc « donc ». Elle dit « Noir, c’est noir ! » Le mot « donc » a disparu. Ce qui n’empêche pas la proposition de bien s’assoire dans la page.
Qui mettrait en doute que le noir soit noir ? Allez au charbon de la caténaire seulement pour vérifier sa couleur si vous voulez en avoir l’œil net !
Nous allons saisir à présent le bénéfice oratoire que l’on peut tirer d’une telle platitude. Tenez : le Général de Gaulle, en Auvergne. Public de chasseurs de truffes. Toucheurs de bœufs. Jeteuses de sorts.
Ils sont venus pour entendre un oracle. Voici ce que de Gaulle leur livre : « Jamais l’Auvergne n’aura été… si auvergnate ! » Éblouissement du noir c’est noir. Révélation de l'axiome. Les fouilleurs d’or parfumé au pied des chênes, les maquignons aux paumes tannées d’avoir peloté l’arrière main des culards et les sous-préfets poètes épuisés à rechercher la rime riche qui manque à leur dernier sonnet, tous sentent déferler sur eux l’énorme et pacifique orage d’une vérité qui se révèle surabondante en évidence.
Les auvergnats se reconnaissent. Les truies les accompagnent si souvent dans leur chasse aux champignons noirs que le truisme leur va comme à personne. Notez, c’était bien une idée qu’ils avaient déjà dans la tête. Que l’Auvergne fut auvergnate. Mais puisque c’était le Général de Gaulle qui le leur apprenait, cela voulait dire qu’ils étaient capables de comprendre, comme lui, des vérités rares !
La tautologie rapporte, dans votre gibecière politique, les oui d’électeurs que nous avons tirés comme des pigeons d’argile ! Le mécanicien du système nous a prévenu de la direction dans laquelle il s’apprêtait à les envoyer : celle du miroir d’eux-mêmes ! Alouette !
Mieux qu’en Auvergne, le même Général, à Fécamp cette fois. Entre les écailles des poissons et les maisons en briques assombries par la pluie : « Fécamp, port de mer.. et qui entend le rester ! »
Formidable ! Là, c’est du grand ! Là c’est du beau poncif ! A-t-on vu déjà un port de mer cesser de l’être le temps d’une campagne électorale ? Ou parce que Bruxelles aurait décrété que la petite ville du bord de mer aurait à plier bagage et établir ses nouvelles pénates entre le jurassique et le crétacé du Périgord vert ?
Non, bien sûr ! Là encore, de Gaulle ne parlait que de postulat et son public s’y reconnaissait ! On peut banaliser le procédé en langage amoureux. Qu’y a t il de plus émerveillant que de s’entendre murmurer :
« Toi, c’est toi ! »
Ou que l’on réponde à votre question « Pourquoi m’aimes-tu ? » par « Parce que tu es toi ! » Ne regardez pas derrière vous, c’est à vous que l’on parle..
Diafoirus ne procède pas autrement lorsqu’il établit une relation de cause à effet telle que : « Ce qui fait que votre fille ne parle pas, c’est qu’elle est muette ! » On part rassuré de la consultation. Il est bien grand sage celui qui vous a rempli de vérité.
Rien ne se fait par hasard, n’est-ce pas ? Le mage a décrypté ce que l’on ne s’expliquait pas. Il aura sa volaille à la Saint Michel ! Tiens, on l’interrogera aussi pour les récoltes. Les placements boursiers. Pour bien « aspecter » un mariage, comme disent les astrologues. Ou « lever le soleil » du petit. Il a la fièvre après avoir joué dehors sans son chapeau de paille.
Grâce au rétrécissement du pourcentage d’univers connu, nous allons pouvoir nous livrer aux exercices jubilatoires de l’oxymore et de la tautologie. Ce qui était devenu impossible il y a vingt ans puisque nous savions à peu près tout du monde où nous vivons… (Bon, d’accord, il en restait dans les coins. Mais on l’attendait, ce reliquat, une poigne ferme sur nos balais ; et la pelle n’était pas loin !)
Enfin, nous aurions de nouveau « de l’eau devant », comme disent les marins quand ils ne risquent plus de se fracasser sur les écueils de la terre (ou les certitudes, c’est la même idée).
On aurait tout à apprendre ou à re-rêver en termes de paradoxes poétiques ou de beaux « noir c’est noir ». Chacun irait là où l’inclinerait sa préférence. Il y aurait de fulminants débats entre les nouveaux surréalistes que sont les apophatiques de la science, les anciens tautologues parcheminés, et les aventuriers de la dernière heure qu’aime Dieu : les curieux !
Quand je repense à mon Directeur de recherche, je me dis qu’il devait s’ennuyer dans sa chrysalide, cantonné au pédiluve de ses expériences. Bien sagement à faire la grenouille. Apprendre la brasse aux satellites premier âge. Avant qu’on ne les lâche dans le grand bain sidéral. « Et une, j’ouvre mes ailes. Et deux je les ramène contre mon corps. Et une, et deux. On s’arrête quand je le dirai, Jérôme.. »
Oui, je me pense que peut être ce nouveau mouvement de l’entendement, qui nous conduit à savoir que nous ne savons pas grand chose, lui aurait possiblement rendu un peu de jeunesse à mon Directeur de recherche. Au fond, son côté caillou aurait pu faire penser aussi au « Petit Gibus ». Un malicieux de l’école à l’époque des chaussures à clous.
Ne lui aurait manqué qu’un peu d’abstinence. En réponse au gavage de certitudes dont son côté costaud avait fait profit à coups de rab et de taloches sur les pattes de ses camarades du CM2. Lorsqu’ils s’approchaient de son goûter d’ogre affamé de savoir péremptoire.
Il aurait fallu peut être qu’on le prive un peu. Qu’il ait faim. Qu’il devienne malin, truqueur, inventeur de fausses nouvelles. Ne serait-ce que pour faire sortir le boulanger de chez lui – « Au feu ! Au feu ! ». En vue de lui tchourer quelques brioches. Oui, on aurait pu l’orienter vers un autre sort que celui de schupos, dans un camp de prisonniers de la science. Si on avait mis en route sa machine à penser flibuste.
Il a du y avoir un moment où la bascule pouvait s’opérer entre Guignol et « Badinguet ». Pour ce môme à la face de pomme de terre.
Mais hélas, il n’avait pas eu besoin d’un lance pierre pour nourrir de pigeons la table de ses parents pendant la guerre.
Je me dis pourtant qu’avec une tronche comme la sienne, la fringale familiale l’aurait rendu malin et adroit. Chef de bande audacieux.. Il aurait fini par partir enlacé à un de ses satellites pour voir là haut comment c’était « pour de vrai ». Au lieu de tout connaître depuis le sol..
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À la semaine prochaine ?
Ou plutôt non; la suite est à découvrir dans le bouquin, feuilletonné jusque là pour le premier tiers.. - Chez Edilivre - http://www.edilivre.com/doc/2119
Bien cordialement,
Jean Sébastien Loygue
http://www.loygue.com/
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