vendredi 16 janvier 2009

23 - Économie & Web


23 - Économie & Web

Résumé : la rentabilité des investissements Web profiteront à la Chine ! Ce qui fait penser à l’audacieux pari de John D. Rockefeller.
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Au début de l’Internet le raisonnement tenu par les informaticiens mués en mages pouvait se résumer en quelques visions, notamment celle qu’une courte conquête serait suivie par cent ans de rente.. Ils ne faisaient que suivre l’aventure de John Davison Rockefeller en 1860 avec le pétrole, en prédisant cela..

Qui ne connaît cette histoire ? John D. Rockefeller achète les puits de pétrole de Bakou, en Azerbaïdjan. Avant le moteur Diesel, cette huile sert à quoi ? A remplir les lampes du temps. On abandonne la bougie dans les maisons pour la ‘lampe pigeon’.

Deux options pour Rockefeller : « Ou bien je rentabilise cet achat par des ventes vers l’Europe qui consomme déjà des produits similaires. Ou bien j’invente un marché loin, à l’Est, en Chine, par exemple.. ».

Quel culot ! John Davison fait de l’Est. Il mobilise une flotte de VRP qui cherchent dans chaque village à qui donner un lumignon avec son flacon d’huile lampante. Le notable fait voir combien sa lumière est belle. On le bade (admirer dans le sud ouest). Un mois plus tard, il manque du produit de sa ‘brille’, envoie des cavaliers réalimenter sa magie afin que le miroir de son orgueil ne cesse de lui réponde « Oui tu seras toujours la plus belle aux yeux de tes paroissiens ».

Incise :
Je tombe sur une relation de voyage en Chine par Albert Londres soixante ans plus tard, « La chine en folie » (Le Serpent à plumes). Il écrit:

« Ma joie est sans mélange. J’ai trouvé mon Eldorado. Il est des hommes cupides qui s’en vont par le monde pour épouser des mines d’or ; d’autres, aimant la lumière, pourchassent les puits de pétrole ; des troisièmes, une lanterne entre les deux yeux, attendent, vibrants, des nuits entières, aux lisières émouvantes des jungles, le tigre noctambule. Moi, votre petit serviteur, je cherchais le pays sans maître, la ville chimérique de l’anarchie totale. Dieu m’a comblé. Je la tiens. C’est Pékin !

Aurait-il dit autre chose du Web ???
Revenons à Rockefeller. Que se passe-t-il aujourd’hui qui ressemble à son aventure entrepreneuriale ? Lui, dont le père, au passage, était un marchand de "médicaments-miracles" et parcourait le pays.
Il se passe que les industriels en nouvelles technologies vont opérer de même: offrir la lampe (le Web) pour créer la demande. Effet induit ? Nous passerons en 20 ans de un sixième aux deux tiers de l’humanité pour dialoguer via Internet sur une planète libérée de ses Dieux.

Donc, sous le couvert de messageries cancanières et de jeux relationnels ‘puérils’, les bientôt quatre milliards d’humains connectés sont un marché. Microsoft et ses compétiteurs vont faire avec eux ce que Rockefeller réussit avec le pétrole il y a cent cinquante ans.
Pour autant, qui aurait prévu que la Chine s’emparerait bientôt de ce nouveau territoire qu’est le Web, en investissant notamment dans ses infrastructures ? Faisant route cette fois dans le sens du soleil : est-ouest ?

La réponse est ici : on sait que l’offre d’acheminement des données ne pourra suivre la demande hyperbolique générée par le « rich média ». Les Etats-Unis, dans le même temps, sembleraient en voie de perdre leur leadership industriel.. On peut relire à ce sujet le livre d’Emmanuel Todd « Après l’Empire ? ».

Voici sa thèse en 2005 :
L’Amérique accuse un fléchissement de productivité durable (multiplicateur par 5 du déficit des échanges extérieurs entre 1999 et 2001 - passé de 100 à 500 milliards de Dollar). Pour autant elle ne consent pas à consommer moins.

« Hyper puissance autonome en 1945, l’Amérique est devenue pour l’économie mondiale, un demi-siècle plus tard, une sorte de trou noir, absorbant marchandises et capitaux qu’elle importe, mais incapable de fournir en retour des biens équivalents. »

Comment cette nation s’y prend-t-elle donc pour parvenir à maintenir un niveau de vie qu’elle n’alimente plus de ses œuvres ? En finançant son déclin, propose Emmanuel Todd, par l’appel massif à des capitaux spéculatifs flottants. Au passage on découvre qu’en dix ans les « riches » ont multiplié par cinq leur niveau de fortune.. Ce qui renforce leur besoin de « placer » les excédents qu’ils ne peuvent consommer.

Ils voient – dit Olivier Todd – en la Bourse américaine à la fois la sécurité par les armes du pays le plus puissant du monde et l’audace d’une culture conquérante : ils y vont donc et misent. C’est fou ce que l’on s’amuse, dans ce monde là, n’est-ce pas Jean Marie Messier ? Même si pour finir les spéculateurs perdront tout prophétise Emmanuel Todd qui voit dans leurs retentissantes déconfitures (crash d’Enron par exemple) une manifestation de quelque « justice immanente ». Il y aurait ainsi un rééquilibrage vertueux au bout du malheur des nantis venus à la soupe mystificatrice des Etats-Unis..

A ce stade de l’exposé, la question que le lecteur se pose est la suivante : « L’Amérique peut-elle, ad vitam, financer son déficit par l’illusion de revenus fracassants sans offrir de juteux retour sur investissement ? » Bien sur que non !

Alors ? Alors, nous demandons son explication à l’auteur. Elle ne tarde pas, aussi radicale qu’extraordinaire. Et pourquoi pas vraie ? Les scandales type Enron vont se multiplier. Ils sont nécessaires puisqu’ils « vaporisent » les investissements des naïfs. Pfutt !.. Il n’y avait rien au départ ; il n’y a rien à l’arrivée. On a rêvé ! (La crise des subprime remplierait cette fonction aujourd’hui – ndlr).

L’arnaque ENRON a été masquée dix ans grâce au cachet faisant foi d’audits financiers internationaux truqueurs tels Andersen. Aussi longtemps que les pigeons ne la suspectent pas ils relancent la boule. Le mérite de l’hypothèse est sa clarté.

Et si la Chine était le repreneur industriel des Etats-Unis ? Et si elle investissait dans les satellites et les tuyaux, ce que ces derniers ne sauraient plus faire ? Et si elle offrait à chacun microordinateur et connexion pour se refinancer sur les échanges du monde que booste le système ?

Sommes nous certains qu’elle n’apprend pas à lire à ses étudiants l’histoire extraordinaire de John Davison Rockefeller ?

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À la semaine prochaine ?
Jean Sébastien Loygue
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