vendredi 13 février 2009

29 - La mauvaise monnaie chasse-t-elle toujours la bonne ?


L’idée de la joie - suite
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29 - La mauvaise monnaie chasse-t-elle toujours la bonne ?

Résumé : l’inflation a raison !
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Si nous assistons au vieillissement des églises et de Lacan, avec Internet nous concourons aussi au déboulonnage d’un axiome financier, parfaitement exact s’il s’agit de sous, mais erroné ici : « La mauvaise monnaie chasse la bonne ».

Veut dire que lorsque deux moyens de paiement servent aux échanges, celui qui tient le moins la route (inflation) envahit l’espace des négociations. On s’en débarrasse. Quand l’or se terre. Pour le Web, c’est le contraire: son inflation fait sa valeur.

Masse critique
Il doit y avoir une masse critique indispensable à la réaction thermonucléaire des hommes comme il y en eût pour que de nouveaux atomes naissent au commencement des mondes. Une vitesse d’échange requise, un rythme relationnel, une densité d’idées, une obligation de choisir entre muter et nous dévorer.

Nous ne semblons pas en être si loin, de ce lieu-temps si différent. Nous nous y rendant même d’autant plus vite que la population s’accroît au moment même où elle se concentre. Les mégapoles deviennent des soupes primitives ne ressemblant à rien de ce que l’humanité a connu, expérimenté, vécu. Elle s’étalonne aujourd’hui en référence à un tout autre environnement. N’est-ce pas une banalité de le dire ?

Comment comparer ce que l’œil perçoit en 1950 en campagne et ce qu’il voit en 2007 ‘à la ville’ ? En 1950, l’énorme majorité de ce sur quoi trébuchent nos regards, ce sont des ciels, des champs, des haies, des collines, des renards (même de jour, j’en vois !) des chats, des rossignols, des biches (une par semaine à 10 mètres de la ferme), des fouines sinuantes et minuscules, des lièvres, bien sûr, des perdreaux, bien sûr, des bécasses dans les épines où le chien courageux va déchirer sa robe, des couleurs de terre retournées invraisemblablement différentes selon le mois de l’année, l’humidité de l’air, la profondeur du sillon, des croissances très différentes aussi entre le Colza, le blé dur, l’avoine ou l’orge, le tournesol, la vigne, jusqu’à l’acrylique lin.. Sans parler des poules, du coq qui chante, de la cloche de la petite église dans le lointain qui n’est pas un rêve, des arbres émondés de feuilles à l’automne et qui découvrent des habitations, des palpitations aussi, que l’on n’aurait pas imaginées là lorsque la végétation faisait écran. Voici l’hospitalité de l’hiver..

Puis les voici qui poussent, ces feuilles, sur de nouveaux rameaux, aussi diverses que celles du chêne n’ayant perdu ses anciennes qu’à la repousse des nouvelles, ce pourquoi les forêts de cet arbre ne se découvrent pas avec la retombée de sa sève. Celles de l’acacia si étonnamment frêles au bout de leurs troncs si droits que l’on en fait des poteaux pour norias (ainsi de mon puits dans les Landes il y a seulement 20 ans) fûts si défendus par leurs violents piquants. Celles du noyer qui procurera une ombre idéale aux repas dès le beau temps parce qu’elles dispersent le soleil goupillonné en perles.. etc.

Qu’aura-t-il croisé, cet homme dans sa campagne à la fin de sa journée ? Sous des ciels parfois mauves ? Un autre homme seulement un millième du temps. Tout le reste, il aura dans ses yeux, ses oreilles, sur sa peau avec le vent, d’autres espèces, matières, pollens.. Ici, les Pyrénées sont parfois roses à chicoter l’air bleu, mais aussi ocre lorsque des vols d’ondes recouvrent ses sommets avec le sable du Sahara !

Le voici en ville, notre homme défenestré de ses ciels, éloigné de ses sols, de ses écureuils, de ses loirs, de ses chouettes. Le voici sourd au craille des corneilles, au jacassement des pies ! A-t-on vu une rue fleurir au printemps ? Un trottoir sans passants ? Un métro sans personne ? L’homme sur peuple la ville alors qu’il fut absent des paysages il y a si peu encore que je vous décris. Soit l’exacte environnement d’une ultime génération impressionniste.

Une seule espèce – la nôtre - jaillit depuis partout. Elle se fait la première occupante d’une planète où le végétal et l’animal ont quasiment disparu, sinon des cages. Cette reconversion d’une civilisation paysagère en une citadine change bien au-delà du décor. Elle transmue, depuis le vase qui nous emplissait d’autres genres que le nôtre, et ce jusqu’au minéral, en un flot de semblables.

Les fables de Lafontaine n’auront bientôt plus aucune actualité ; l’allégorie bestiaire a déjà perdue la sienne.

Oui, il va falloir vivre fusionnellement. Par sous ensembles denses. Et non plus en tant qu’individus si inquiets de ce que furent leurs voisins qu’ils armaient leurs bras dès qu’ils en voyaient un poindre entre les piquants des ajoncs quand la tempête courbait des haies..

Malheur au solitaire, une notion si prégnante en Afrique où l’homme n’est jamais seul et craint cet état comme la mort! – Lire le très beau livre de Ryszard Kapuscinski « Ébène ». C’est même sans doute du dénuement de ce continent que nous devrons tirer des enseignements comportementaux. Jusqu’au palabre sous l’arbre unique et respecté comme un totem…

Pour en revenir à Internet, le bombardement messager de nos échanges témoigne que la mue s’accélère. Il présage du changement radical de l’espèce. Je l’entends un peu comme un essaim lorsqu’il se déplace. Nous quittons les rares abeilles sauvages passant l’hiver au chaud sous les tuiles (ne pas les retourner au printemps sans avoir averti et ne pas tomber du toit en panique parce qu’elles vous piquent, venues d’essaims minuscules à quelques unes).

Si nous ne mutons pas de manière radicale et pacifique, nous construirons des ruches au bourdonnement cérébral terrifiant, des cathédrales où Dieu lui-même – s’il existait - devrait donner du bâton pour aller jusqu’à son autel. Et là nous offririons la terre en sacrifice au diable. Il va nous falloir nous haïr ou nous aimer… Nous ne serons plus jamais seulement le voisin de quelqu’un que l’on hèle au loin.. Héler, errer n’auront plus aucun sens. ‘Groupir’ est certain.



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À la semaine prochaine ?
Jean Sébastien Loygue
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