vendredi 6 mars 2009

34 – Idées reçues sur la science..


L’idée de la joie - suite
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34 – Idées reçues sur la science..

Résumé : visite d’un laboratoire de recherche..
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Combien de fois nous sommes-nous mépris sur le « raisonnable » de notre esprit ?
Combien de fois les arguments de l’éloquence rationnelle nous ont-ils mystifiés, en nous laissant à croire que rien ne change ? « Apprenez, car c’est ainsi ! »

Je vous convie à faire avec moi la visite d’un laboratoire de recherche toulousain, pour illustrer l’actuel virement de bord. Nous sommes en 1995..

Une cathédrale ! Ou plutôt un missile. La coupole du Sacré Cœur prête à fuser ! Hauteur ? Cinquante mètres. Diamètre ? Vingt. On la voit de loin. On se demande ce que c’est. On s’adresse à un passant. Il vous dit comme s’il baillait : « C’est le Làààs.. » (LAAS)

Dedans : un satellite replié sur lui-même. Une grosse rondelle de carotte emballée dans du papier doré. Sa couverture de survie pour l’au delà. Pourquoi ce volume géant abriterait-il un si petit satellite ? Parce qu’on va l’y tester dans une atmosphère raréfiée. Avant de l’envoyer en l’air. Il va déplier ses élytres en nid d’abeille et couvertes de capteurs dorés à la feuille, longues comme des membres de « faucheux », une impressionnante mais inoffensive araignée forestière.

On va lui faire subir les stress qui l’y attendent.. Au bout de l’étirement de son réveil, le vaisseau aura déployé ses attrapes nigaudes pour perles du soleil. C’est beau comme la tour Eiffel éclairée avec des millions de minuscules ampoules incertaines un peu jaunes, retardataires d’une poésie qu’elles assument grâce à un rien de sépia.

Un Directeur du labo a la mansuétude de m’expliquer la création du monde. Blouse blanche. Cinquante ans. Nourri aux patates ayant survécu au gel. Il vient de quelque part où il fait froid. Où ne survivent que les costauds.

De l’os épais. Des attaches de travailleur de force. Il est solide en certitudes aussi. Il me fait le cours dont il imagine que la pellicule imprimera son babil et sa trogne.

Il emphase. Il se regarde me parler : « Vous comprenez, tout commence par la gravité.. » Il dit cela avec solennité. Pas répressif, mais austère. Imperméable aux mystères.

Les voix puissantes et sans timbre existent. La sienne est comme ça. On dirait celle d’un sourd ou de quelqu’un d’insensible aux odeurs. J’ai connu un indien de la forêt amazonienne. Ses papilles nasales étaient déconnectées de son cerveau. Résultat ? Une onde sans creux ni bosses. Une élocution sans nuances. Une seule corde. Une seule note sans résonance. Une solitude au fond du nez où rien ne rêve les yeux fermés. Ni ne pressent. Mon indien en était réduit à ne penser qu’à lui-même ; il s’étiolât, finit fou.

Ce Directeur du LAAS optât de son côté pour les certitudes apprises. Ce qui lui sauva une peau qu’il eut de plus en plus couenne avec le temps.

Lorsque les tambours ne raisonnent plus, l’armure de l’esprit rhinocérosse. Les cornes du front s’allongent. Le derme se fait écailles. Une pensée privée d’olfaction est une vie sans prémonition. La plus étrange infirmité est celle de ne rien sentir : « Sentez vous comme nous sentons bon ? » demandaient les fleurs au Sous Préfet aux champs. Un Sous Préfet qui ne s’étourdirait pas de humer ne serait qu’enrhumé.

Sans sentir, on ne peut chanter que faux ; la pensée ne s’évade pas, le bonheur ne dit mot.

Notre indien n’était pas heureux, dans la prison de son nez qui ne lisait rien du monde. Il eut huit enfants sans s’en rendre compte. On le retrouva dans un asile où personne ne comprendrait que pour le relier à sa chair il lui manquait un pif. Heureux les Cyrano !

Donc il parle fort, mon Directeur. Comme s’il n’entendait pas les chuchotis. Ou bien comme s’il avait trouvé plus souvent que cherché. Il assomme ses vérités. Alors qu’il pense les asséner. Ce qui est déjà plutôt violent.

Plus exactement, il les pose sur la table. Mais sans ralentir son mouvement pendant les derniers centimètres de son haltérophilie. Alors elles font trembler les tréteaux à la pause. C’est de l’évidence, ça, Madame ! Je vous en mets combien ? Et zou ! L’aiguille de la balance part comme une folle du côté des tonnes.

Une heure après, nous en sommes toujours à cette gravité dont il s’encense. On dirait qu’il joue avec des cailloux dans sa bouche et des caillots à sa pensée. Les premiers font machine à laver près de sa glotte. Il roule son contentement comme un navire rond. « Bon rouleur, bon marcheur », dit-on d’un bateau qui écoeure.

Il moud avec ses pierres des graines pour en faire de la poudre. Graines qui pourraient être soupçons de doutes. Hypothèses hasardeuses. Divergences de vues. Émettrices de pollens non identifiés. Portées par des vents de hasard atypiques : ni familiers, ni constants, ni répertoriés.

Mais non ! Et « Grou ». Et « Grou ». La machine à broyer les nuances. On se l’imagine, lui, menhir. Il vous dirait:

« De quoi, de quoi ? Tentez donc de me soulever. Si seulement vous avez une autre idée que la gravité, pour expliquer l’univers ! J’en foisonne. J’en empèse. J’en plastronne. Je vous pète au nez !»

Je prends des notes. Il est stimulé par l’auditoire qu’il s’imagine le visionner. Il sait par cœur le ciel. Il y a longtemps que l’explication de son évolution a avoué. Il n’y aura pas d’erreur judiciaire. Vous ne le surprendrez pas avec des « questions diverses » renvoyées en fin d’agenda.. A coups de bêche il les déracinerait. A coups de hache il écimerait vos forêts d’idées.

Resterait-il à terre le bois de vos élucubrations ? Il le scierait pour faire du feu. C’était bien la peine de tenter de le déstabiliser. Il n’aura pas froid cet hiver à sa pensée. Il pourra, en se frottant les mains devant son âtre, continuer de psalmodier sa gravité, sacrebleu !

Plus tard, je découvrirai qu’on a entre temps hésité à croire que l’univers serait réellement en expansion. Pause nécessaire entre deux enthousiasmes ? Il s’agissait d’une conviction sans équivoque pour mon Directeur: que l’univers se dilatait. Il l’avait apprise. Il la retrouvera donc inchangée aujourd’hui que l’on a abandonné d’autres solutions. Planté comme un Sphinx qui se la ferme sur ce qu’il en pense au milieu d’un désert de sens, il aura échappé à un trou noir de perplexité.

On a été content de confirmer aussi qu’il serait oblong, l’univers. Grâce à un simple aérostat lancé là haut. Mon chercheur n’aura donc qu’à me dire : « A quoi eût-il servi de s’inquiéter ? Un univers flapi, ça se regonfle ! Il suffit d’un soufflon..».

Au total, on s’en était tenu, pendant cette divagation – mais sous la bonne garde de mon savant – à des remises en cause à la périphérie de ses convictions de menhir.

Aux toutes dernières nouvelles, cependant, on en reviendrait à ne plus savoir la forme du monde. Mieux, « Sciences et vie » titre en 2004:

« L’univers serait-il en cristal ? Il ressemblerait à un empilement cristallin en forme de ballon.. ou à une immense galette, ou bien encore à une sphère lisse... Les récentes avancées mathématiques permettent en effet d’imaginer une foule de topologies. Le plus difficile reste à faire : trouver, par l’observation astronomique, la preuve qui fait la forme. »

Magnifique ! Les cahiers au feu. Les profs au milieu ! Enfin, on ne sait plus ! Enfin, libre cours à la découverte. Ça fait du bien partout. On se pose des questions sur tout : forme et fond. Ainsi font font, font..

Mieux ou pire, Pour la science en 2005 titre: « La gravité serait-elle une illusion ? » Prodigieux ! Un inventeur n’attend que cela: un trou. Un manque. Dans lesquels s’engouffrer. Une fissure par laquelle laisser s’échapper la vapeur dont il a la tête pleine.

Lui lève-t-on le casque ? Il prend l’air. Il se détend. Il court partout. Il mesure. Il ausculte. Il conjecture. Il suspecte. Il bricole. Il y va ! Il aime ça ! Au moins, est-ce ainsi que je voyais les savants avant la démo du Directeur du LAAS.

Voilà aussi que l’on apprenait que l’univers n’était constitué que de seulement cinq pour cent de matière « ordinaire » ! Que vingt cinq autres pour cent seraient formés d’une « matière sombre » mystérieuse. Enfin les soixante dix pour cent restant permettraient d’expliquer l’expansion accélérée du cosmos. Et, cela, sans un gramme de plus de bonne et brave masse capable d’apporter son argument dans la balance ! (Bon, je sais, la masse n’est pas le poids..)

Triste manière de botter en touche, néanmoins, et d’envoyer voler la réalité, penserait mon Directeur à la sommaire attitude. A moins qu’il ne se prenne à rêver de la disparition du réel au profit de l’imaginaire ?

Pour peu qu’il eût été prisonnier, il se serait peut être pris à regretter de n’avoir pas su limer le métal des serrures de sa geôle mentale. Pas plus qu’il n’eût été capable d’envoyer se faire voir ailleurs les douves entourant la prison de son moyen âge.

Pour moi, ces soixante dix pour cent dont on ne saurait à peu près rien. Sinon qu’ils participeraient à la dissipation de l’espace et des idées reçues. Je les vois conspirer au renversement des éminences.. Vive le bordel pékinois visité par Albert Londres en 1920...

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À la semaine prochaine ?
Jean Sébastien Loygue
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